jeudi 19 janvier 2012

Veni, Vidi, DISIC


Cette semaine, pas de WE précoce de fonctionnaire commençant le mercredi soir, je planche vendredi devant la DISIC pour y expliquer la genèse, le fonctionnement et l'audit du système de records management de mon institution.

Je dois avouer n'avoir eu préalablement à l'invitation qu'une familiarité restreinte avec les missions et les travaux en réunion de cette direction. Une recherche rapide dans un moteur de recherche Généralement Omniscient, Omnipotent Générateur de Liens Exacts a sorti ce funeste augure : 
"Ave Caesar, morituri te salutant. Disic one to four" 
(trad. approx. : Ô Jérôme Filippini, celui qui utilisera devant toi un vidéoprojecteur, il a une chance sur quatre que l'ampoule se désintègre irrémédiablement).
Aïe.


Le portail du gouvernement se révèle heureusement plus faste : 
Création de la DISIC pour mieux mutualiser les systèmes d'information et de communication de l'Etat. 
La Direction interministérielle des systèmes d'information et de communication (Disic) a été créée par décret du 21 février 2011. Elle est chargée notamment d'organiser toutes les opérations de mutualisation des systèmes d'information entre les différentes administrations de l'Etat. 
Placée sous l'autorité du Premier ministre, la Direction interministérielle des systèmes d'information et de communication (Disic)(1) est rattachée au Secrétaire général du Gouvernement (SGG). Véritable DSI interministérielle, elle aura pour missions d'organiser la mutualisation interministérielle des systèmes d'information et de définir une stratégie globale pour développer les systèmes d'information et de communication des administrations de l'Etat
Une plus grande cohérence grâce à la mutualisation
La Disic aura un rôle stratégique notamment en se penchant sur toutes les actions à mettre en oeuvre pour pouvoir mutualiser des ressources entre plusieurs administrations de l'Etat, ou entre des administrations de l'Etat et d'autres autorités administratives. Pour cela, elle pilotera elle-même certains projets de mutualisation ou, a minima, sera associée au pilotage. 
La Disic sera enfin en mesure de conseiller et d'alerter le Premier ministre ou les ministères concernés sur les "enjeux et risques relatifs à des projets d'importance majeure".
L'objectif est de permettre aux administrations de l'Etat d'anticiper les évolutions des technologies et du marché, de même que les besoins, et de gagner en efficacité. Une visibilité qui permettra de fixer les orientations en matière d'externalisation, de sous-traitance et d'achats de matériels, logiciels et prestations de services. Avec au bout de la chaîne, une simplification des relations entre usagers et administrations.


C'est déjà mieux, surtout quand la note signale qu'il s'agit du nouvel avatar du Comité national de pilotage des systèmes d'information (CNPSI) mis en place en 2009 à la DGME. Tout s'éclaire !

En fait, si, quand même. Il suffit de se souvenir que la DGME, direction générale du ministère du Budget héritière d'une série d'administrations dont l'ADAE (elle-même fille d'ADELE, etc.), n'était pas une direction suffisamment forte dans le pilotage de l'information. Créée en 2005, elle a été recentrée début 2011 sur ses missions d'organisations (le portail http://www.modernisation.gouv.fr), cédant aux services du Premier ministre le pilotage du numérique. J'avais lu ça quelque part, peut-être dans l'excellente synthèse d'Emmanuel Barthe

La DISIC est donc une couche supérieure au-dessus des DSI, rattachée au Secrétariat général du gouvernement, avec quelques tâches aisées dans son escarcelle

La direction interministérielle des systèmes d'information et de communication de l'Etat oriente, anime et coordonne les actions des administrations de l'Etat visant à améliorer la qualité, l'efficacité, l'efficience et la fiabilité du service rendu par les systèmes d'information et de communication.
Elle veille à ce que ces systèmes concourent de manière cohérente à simplifier les relations entre les usagers et les administrations de l'Etat et entre celles-ci et les autres autorités administratives au sens de l'article 1er de l'ordonnance du 8 décembre 2005 susvisée.
Elle organise et pilote la conception et la mise en œuvre des opérations de mutualisation entre administrations de l'Etat, ou entre celles-ci et d'autres autorités administratives, de systèmes d'information ou de communication d'usage partagé.
Elle contribue, par les réponses apportées aux besoins propres de l'Etat en matière de technologies de l'information et de la communication, à promouvoir l'innovation et la compétitivité dans ce secteur de l'économie nationale.

N'est plus présent aussi nettement que dans le mandat de la DGME la question de l'interopérabilité des SI, sémantiquement remplacée par la notion de cohérence des systèmes : ceux de l'Etat, des autorités administratives, voire des systèmes interministériels. On garde par contre les liens avec les référentiels généraux d'interopérabilité, d'accessibilité et de sécurité, donc les contacts étroits avec l'ANSSI.

Note : le poste d'ingénieur chargé du Référentiel général de sécurité est ouvert. Rémunération selon expérience, niveau d'habilitation Secret défense et logo chic, allez-y, allez-y !

Note 2. Vous avez probablement plus de chance au SGDN qu'au Sécrétariat général du gouvernement si vous êtes une femme en fait, car l'organigramme du SGG est à peu près aussi mixte que le philarmonique de Vienne : la version en ligne en date de février 2011 ne comporte tout simplement aucun prénom féminin en haut de ces quinze grands blocs. Le résultat enfin d'une politique volontariste de promotion des individus masculins dans un secrétariat ?
Cette anomalie statistique du SGG ne doit toutefois pas être vraie pour la DISIC, car ce sont deux expertes et hautes fonctionnaires qui m'invitent.


Que présenter ? Il me semble avoir deux choix. 

L'un ennuyeux et sûr : faire la genèse du projet archivistique et une progression linéaire un brin hagiographique de mes collègues et prédécesseurs archivistes, la constitution des référentiels, le déploiement et le projet aujourd'hui de génération 2. Seul inconvénient, ce scénario fait 60 planches au minimum, plus quelques copies d'écran... Il est probable que je lasserai l'attention de mon assistance, dont je sais depuis aujourd'hui qu'elle se composera d'une vingtaine d'archivistes et d'autant de DSI ministériels, plus quelques représentants Qualité, Juridique et Organisation & Méthodes. Il comporte d'autres part un certain nombre de choix radicaux dont je sais qu'ils ne sont pas ceux de tous.

Le second choix est évidemment d'adopter la Bridget Jones' attitude  et de cibler directement -uniquement?- la partie non-archiviste du public. Face à un "littéraire", les DSI présenteront un groupe beaucoup plus homogène que mes consoeurs et confrères des missions, un public a priori non intéressé mais plus facilement touché par les arguments fonctionnels leur présentant les avantages pour leur métier d'une complémentarité "win-win". Je n'en connais aucun personnellement, et ils seront d'ailleurs trop nombreux pour songer, si cela avait été le cas, à utiliser des arguments individualisés. Anticiper leur attitude est donc tout à fait calculable.
Pour engager les archivistes depuis ma position de records manager, il faudrait entrer bien davantage dans des débats de spécialistes, et il est évident qu'aucun front commun ne peut se réaliser. Si le discours n'est pas taillé dans un habit archivistique, chacun pourra au contraire y appliquer son vocabulaire et ses conceptions théoriques sans être en grand désaccord avec ma position -ou sans prendre le risque à côté de son DSI d'un échange frontal avec un intervenant qui ignore tout des subtilités de la diplomatie...

Ma stratégie sera donc celle du décalage, avec un signalement particulier non de l'ensemble du projet mais des outils ou méthodes de travail permis par l'alignement des compétences RM et DSI.

Le fil conducteur en devient du coup beaucoup plus serré sur une seule thématique : mon établissement et les nécessités de compenser l'éloignement physique des agents par des outils informatique, le panorama des espaces de production  de mon établissement (de la conception à la conservation pérenne -en UNE diapo claire, c'était le challenge demandé cette semaine par la Comm interne), le premier niveau du plan de classement fonctionnel et son intégration dans l'ensemble des référentiels informatiques (dont l'annuaire LDAP des personnes et des groupes), le panorama des formations aux utilisateurs individuels et collectifs, le pilotage agile de la 2e génération de l'outil de RM (par le DSI, avec le RMer en maître d'oeubre/aide à la maîtrise d'ouvrage) et mon tout nouveau système d'audit d'accompagnement made in Excel maison, qui a l'intelligence de noter, pondérer et surtout rendre en un seul schéma non punitif ce que l'utilisateur peut améliorer en priorité pour gagner en sécurité et efficacité de travail. 


Dont (en haut à gauche) sous la rubrique "Prospectives et risques" une perspective   sur des changements probables de méthodes de travail ayant de lourds impacts informatiques, que les DSI ne verront qu'a posteriori lorsque parviendront les demandes de stockage, de logiciels ou de rattrapage de six mois d'essais...

Autrement dit, le plan est d'appliquer avec la plus minime des transpositions la technique de séduction du plus grand poète latin du XVIe siècle, Jean Second :
“Da mihi, suaviolum, dicebam, blanda puella.”
Libasti labris mox mea labra tuis.
Inde, velut presso qui territus angue resultat,
Ora repente meo vellis ab ore procul.
Non hoc suaviolum dare, Lux mea, sed dare tantum
Est desiderium flebile suavioli.



Et en plus, ça ne devrait pas dépasser 25 diapos. Si l'ampoule du vidéoprojecteur grille, on pourra faire des photocopies...

3 commentaires:

Sous la poussière a dit…

Ca donne envie d'être présent. Aura-t-on droit aux diapos en ligne?

Une phrase a retenu mon attention: "le premier niveau du plan de classement fonctionnel et son intégration dans l'ensemble des référentiels informatiques (dont l'annuaire LDAP des personnes et des groupes)" On utilise chez nous aussi le premier niveau de plan de classement comme métadonnée hors de l'ERMS (pour le CMS de notre intranet, notamment). Dans votre annuaire, comment est-ce implémenté? Au-dessus d'une couche hiérarchique ou en lieu et place de celle-ci?

Leos a dit…

A côté. En fait, le pdc n'est pas utilisé ailleurs en dur et il n'y a pas d'interaction avec les annuaires notamment, mon paragraphe n'est pas clair. Mais on tente de le propager pour le classement logique des messages de liens conservés dans les boîtes aux lettres et non transformés en documents, etc.
Si c'est un référentiel essentiel -et plutôt géré par la cellule RM, ce n'est toutefois pas le seul à être indispensable pour le fonctionnement 24/24 de l'ERMS, et d'autres éléments techniques méritent autant d'attention -et des mises à jour régulières.

Anonyme a dit…

L'approche, un brin distanciée, me semble intéressante. A noter, pour votre réflexion, ce qui se fait jour dans certaines administrations de l'Etat : les contraintes du plan "administration exemplaire" réduisent fortement la marge de manoeuvre des DSI et des services des moyens généraux en matière d'achats d'imprimantes et de papier. Dans un premier temps, toutes les marges de manoeuvre à fonctionnement constant ont été exploitées. Désormais, les objectifs de réduction de consommation sont tels qu'il n'est plus possible de s'en contenter. Le passage à une démarche de RM constitue un élément intéressant. Le seul problème reste de savoir chiffrer la réduction... car il ne suffit pas, bien sûr, de parler de "réductions" sans donner d'éléments sur le gain espéré.