L'engouement actuel autour de la notion de cloud computing me laisse assez sceptique sur la compréhension de l'informatique contemporaine par le grand public, mais aussi certains collègues farouchement pour ou contre le nuage...
Dans un cadre personnel, cela fait évidemment une différence puisque les données, mais également les applications ou les services commencent à peine à sortir du PC de l'utilisateur et du "bricolage maison" du matériel et des logiciels, avec ses avantages et ses inconvénients, pour être gérés à distance par des professionnels dans des datacenters professionnellement maintenus et affichant tous de superbes PUE ou KPI.
Les deux différences principales par rapport à l'ordinateur personnel sont a) le délai de réponse, puisque l'on passe d'un traitement purement interne à une machine et physiquement réalisé dans une unité centrale unique à un traitement pouvant dépendre de plusieurs serveurs, et nécessitant une liaison à distance, que celle-ci soit physique -cables- ou radio -wifi, réseaux 2, 3, 4G...,
b)la possibilité d'accéder aux mêmes données, synchronisées, sur plusieurs machines distinctes, éventuellement distantes. Ceci SANS avoir besoin de faire des manipulations coûteuses en temps, puisqu'enfin les sociétés de service informatique semblent décidées, depuis un ou deux ans, à faciliter les sauvegardes synchrones ou asynchrones sans obliger l'utilisateur à être un admin spécialiste du RAID.
Notons qu'on attend toujours les outils proposant des fonctionnalités avancées de gestion des formats, à commencer par un simple signalement des formats obsolètes ou non supportés par les logiciels installés sur l'ordinateur. Que du neuf, ou plutôt du renouvelable, il n'est pas question ici de conservation électronique pérenne au-delà de quelques années...
Donc en résumé, le Cloud est une énorme différence pour le particulier, en dehors même de toutes les questions de virtualisation des systèmes d'exploitation ou de mises à jour des logiciels qui pourraient amener à ne plus avoir qu'un navigateur en mémoire, sans plus de disque dur. Cf le fameux "Google OS" parmi les distributions Ubuntu de ces dernières années, qui ne visait qu'à donner accès à travers le web aux Google Apps en ligne, avec des gains extrêmement significatifs de puissance de processeur nécessaire.
Pour les auto-entrepreneurs, les EURL et les consultants solitaires, même combat. Encore qu'il reste délicat dans ce dernier métier de dépendre d'une liaison radio pour accéder à ses données de travail lorsqu'on opère dans le site du client, possiblement mal couvert ou dans un bureau en sous-sol. Une solution intermédiaire comme Microsoft Office Groove (l'équivalent bureautique du cloud musical d'Apple) semble alors un maximum.
Mais pour les grandes entreprises ou les institutions de plus de 100 personnes, qui ont passé le seuil où un DSI à temps plein est indispensable et gère le parc logiciel et matériel ? Ici, le cloud n'est qu'une différence de degré, ou plutôt un degré supplémentaire, dans la tendance de fond de remettre l'utilisateur face à ses tâches métier plutôt que face à sa machine, comme cela était devenu la pratique ces 15 dernières années.
A grande ou petite échelle, tous ces organismes ont des bases de données partagées abrités sur des serveurs "d'entreprise", des systèmes de partages et d'archivage de documents, une gestion centralisée du parc par une infogérance à distance, un intranet... Tout cela sur un réseau physique ou radio interne, mais aussi dans le cas du multisite en passant par des liaisons VPN entre les sites. Le DSI (ou Chief Information Officer) est un prestataire de l'utilisateur final dans le même rapport que le responsable d'une app à distance ou le gestionnaire d'un datacenter le sont de l'institution cliente. A chaque niveau doit être fait un ratio du risque encouru par la "dépossession" du producteur de ses données, sur l'avantage d'une maintenance et évolution professionnelle.
Comme le montre PAC d'après une enquête sur 200 grands comptes en 2010, "le concept de virtualisation en tant quʼOS dʼun environnement Cloud Computing semble avoir été intégré par le marché français. Cette avancée est également très liée à lʼétat dʼavancement de la virtualisation au sein des sociétés françaises. Il faut rappeler ici que, malgré lʼenvironnement morose de lʼannée 2009, la virtualisation est lʼun des rares segments qui ait connu une croissance à deux chiffres, ce qui apparaît à travers les réponses de notre échantillon : 88% des répondants ont virtualisé leurs serveurs, et seuls 7% dʼentre eux ne considèrent pas la virtualisation comme un investissement prioritaire."
Comme le montre PAC d'après une enquête sur 200 grands comptes en 2010, "le concept de virtualisation en tant quʼOS dʼun environnement Cloud Computing semble avoir été intégré par le marché français. Cette avancée est également très liée à lʼétat dʼavancement de la virtualisation au sein des sociétés françaises. Il faut rappeler ici que, malgré lʼenvironnement morose de lʼannée 2009, la virtualisation est lʼun des rares segments qui ait connu une croissance à deux chiffres, ce qui apparaît à travers les réponses de notre échantillon : 88% des répondants ont virtualisé leurs serveurs, et seuls 7% dʼentre eux ne considèrent pas la virtualisation comme un investissement prioritaire."
En forçant à peine le trait, on peut aller jusqu'à soutenir que du point de vue de l'utilisateur, la seule différence sensible réside dans l'habileté des "providers" du nuage en communication et en marketing, qui sont souvent les points faibles des DSI d'entreprise, souvent assez souples face aux demandes de leurs utilisateurs, alors que le niveau de confiance qui leur est accordée est généralement inversement proportionnel à la taille de l'entreprise.
Il est ainsi paradoxal, mais régulier de rencontrer lors des audits informationnels des cadres se plaignant de la non réactivité du DSI pour leurs besoins, besoins jamais exprimés de vive voix mais uniquement via un formulaire technique qu'ils ne savent pas remplir. Ou encore, classant en termes de sécurité de l'information, dans cet ordre décroissant a) le dossier papier dans un bureau, b) le document sur "leur disque dur", c) le système de records management électronique, alors que plusieurs dizaines de passes-partout existent pour les besoins du ménage, de la sécurité ou d'une gestion imprécise des clés au sein du personnel, que plusieurs dizaines d'informaticiens peuvent techniquement accéder à distance à leur disque dur, mais que les possibilités de modifier un document dans l'ERMS sont limitées aux auteurs et co-auteurs désignés par eux-mêmes, ainsi qu'à 2 administrateurs techniques et 2 administrateurs de contenus -les records managers-, professionnels de la sécurisation et du support à l'utilisateur, agissant dans le cadre strict des chartes gérant le management des systèmes d'information et leur contenu. En comparaison, qui sait ce que le nuage extrait de vos données ?
- Qui aimes-tu le mieux, homme enigmatique, dis? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
- Tes amis?
-Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté?
- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L'or?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages!
Baudelaire: Petits poèmes en prose, I (1869)




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