Impossible de laisser passer la journée sans signaler l'ouverture de l'exposition Bob Dylan l'explosion rock 61-66 à la Cité de la Musique.
Selon le principe du lieu, l'expo est abondamment accompagnée de concerts, conférences et séances de cinéma autour de l'oeuvre et de la carrière d'un des rares auteurs-chanteurs-compositeurs régulièrement -et sérieusement- nominé pour le Nobel de littérature. Une archive vivante de la musique folk américaine, connaissant sur le bout des doigts des milliers d'arrangements, de textes, de résonnances, et capable d'appropriations aussi irréversibles que personnelles. Inarchivable Bobby, dont les disques sont d'une obscurité folle, et tous les récits personnels aussi composés que contradictoires.
Pour une vision plus personnelle -l'intersection de sa propre biographie avec les années de l'émergence de Dylan, on se plongera dans les souvenirs romancés de François Bon, qui a également composé un feuilleton radiodiffusé (merci France Culture) sur 2 points particuliers de l’histoire de Dylan : la rencontre avec Joan Baez en 1963, l’enregistrement de Blonde on Blonde en 1966.
(Note : si quelqu'un a les bandes, je suis preneur, n'ayant pu écouter que les 2 épisodes sur le site de FB, et retirés !)
Il y a tout un dossier Dylan chez cet éminent traducteur des grandes voix américaines (Hemingway notamment il y a quelques jours sur son site Publie.net, pour une traduction dépoussiérée du Vieil homme et la mer qui lui vaut quelques démêlés avec les éditions Gallimard, propriétaires des droits de la traduction française faite par Jean Dutourd), qui n'hésite pas à s'attaquer aux successions d'hypotyposes dylaniennes.
Quelques étapes symboliques collectées sur YouTube, d'où les interprétations anciennes de Dylan sont systématiquement retirés. Quelques concerts récents y figurent, mais la voix n'est plus la même...
Sad Eyed Lady of the Lowlands (pourquoi, Joan, oser celle-ci ?)
Let Me Die In My Foosteps
En cette année d'élections, un texte de l'inspirateur Woody Guthrie, que je ne connais que par la Song to Woody, mais que deux figures comme Pete Seeger et Springsteen interprétaient encore à l'investiture de Barack Obama.
Pas de Dylan ici, son engagement politique date un peu. Parmi mes préférées, A Pawn in Their Game, With God on our Side, A Hard Rain's Gonna Fall et bien sûr le classique T3A3 : The Times, They Are A-Changing. Il reviendra sur cette chanson phare des Sixties dans Times Have Changed mais on peut tout à fait la reprendre aujourd'hui, avec un minimum de toilettage, en lui plaquant comme contexte non pas la révolution sociale des années soixante et les Droits civiques, mais la révolution numérique, l'écologie ou les conflits entre les philosophies de l'open contre celles du verrouillage juridique et technologiques des créations.
Pour l'ensemble des chansons (en écoute directe partielle) et des textes, le site officiel fait bien sûr référence : www.bobdylan.com.
Ma meilleure compilation : à partir de l'intégrale des albums, une play-list maison reprenant l'ensemble des chansons de Dylan. 100 Songs and Pictures : un ultra best-of de 62 à 2009.
Quelques mentions particulières à He Was a Friend of Mine, Lily, Rosemary and the Jack of Hearts, Only a Hobo, Not Dark Yet, Simple Twist of Fate, mais aussi l'ensemble de Modern Times (2006)
Enfin, archive personnelle, ma première chanson connue de Dylan, la seule peut-être -est-ce la raison- que je préfère dans une autre interprétation que la sienne.
Et s'il fallait trouver une citation de Dylan applicable à la gestion de l'information ?
She put down in writing what was in her mind
I just don’t see why I should even care
It’s not dark yet, but it’s getting there
I just don’t see why I should even care
It’s not dark yet, but it’s getting there
ou un assemblage sur la futilité de la pérennisation numérique à partir de l'ininterprétable Visions of Johanna
Inside the museums, Infinity goes up on trial
Voices echo this is what salvation must be like after a while
But Mona Lisa musta had the highway blues
You can tell by the way she smiles
Voices echo this is what salvation must be like after a while
But Mona Lisa musta had the highway blues
You can tell by the way she smiles
(...)
The harmonicas play the skeleton keys and the rain
And these visions of Johanna are now all that remain
And these visions of Johanna are now all that remain
Hum, cela reste du Dylan, une sensation indéfinissable de rencontre, une poésie assez cryptique et largement perçue davantage à travers l'expérience personnelle que partagée ou facilement communicable. Il faudra trouver d'autres définitions des archives ailleurs. Par exemple dans cet appel aux voix du passé ?
Voix sublimes et bien-aimées
de ceux qui sont morts, ou de ceux
qui sont perdus pour nous comme s'ils étaient morts.
Parfois elles nous parlent en rêve ;
parfois, dans la pensée, le cerveau les entend.
Et avec elles résonnent, pour un instant,
les accents de la première poésie de notre vie -
comme une musique qui s'éteint, au loin, dans la nuit.



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